Samedi août 8th 2020

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Du Bellay : Marcher d’un grave pas…

A la nostalgie de la terre et du passé s’ajoute rapidement le dégoût pour les mœurs et personnages de la cour pontificale, que Joachim Du Bellay dénonce avec une verve féroce.

Marcher d’un grave pas…

Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet LXXXVI, 1558

Marcher d’un grave pas et d’un grave sourci1,

Et d’un grave souris2 à chacun faire fête,

Balancer tous les mots, répondre de la tête,

Avec un Messer non ou bien un Messer si3 ;


 

Entremêler souvent un petit E cosi4,

Et d’un son Servitor5 contrefaire l’honnête6 ;

Et, comme si l’on eût sa part en la conquête7,

Discourir sur Florence, et sur Naples aussi ;


 

Seigneuriser chacun d’un baisement de main,

Et, suivant la façon du courtisan romain,

Cacher sa pauvreté d’une brave apparence :


 

Voilà de cette cour8 la plus grande vertu,

Dont souvent, mal monté9, mal sain10 et mal vêtu,

Sans barbe et sans argent, on s’en retourne en France.


1: Sourcil / 2: Sourire / 3: Non Monseigneur, oui Monseigneur / 4: C’est ainsi / 5: Je suis votre serviteur / 6: L’homme bien éduqué / 7: La conquête de Florence et de Naples par les français / 8: La cour romaine / 9: Avec un mauvais cheval / 10: Mal en point

Voir aussi:

Les autres sonnets de Joachim Du Bellay

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