Samedi décembre 16th 2017

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Hernani : Malheur à qui me touche !

Le drame se déroule en Espagne, au XVIe siècle. A l’acte III, le proscrit Hernani, amoureux de Dona Sol, vient d’ironiser auprès de la jeune fille sur ces noces prochaines et contraintes avec son vieil oncle, Don Ruy Gomez. Mais celle-ci se déclare prête à se poignarder plutôt que de sacrifier sa passion pour Hernani, à un mariage qui lui répugne. Le jeune homme, dans une tirade devenue célèbre, lui « crie » alors toute l’énergie de son désespoir.

« Malheur à qui me touche »

Victor Hugo, Hernani, (Acte III, scène 4) – 1830

Hernani:

Monts d’Aragon ! Galice ! Estramadoure !

- Oh ! Je porte malheur à tout ce qui m’entoure !

J’ai pris vos meilleurs fils pour mes droits ; sans remords,

Je les ai fait combattre, et voilà qu’ils sont morts !

C’étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne.

Ils sont morts ! Ils sont tous tombés dans la montagne,

Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu,

Et, si leurs yeux s’ouvraient, ils verraient le ciel bleu !

Voilà ce que je fais de tout ce qui m’épouse !

Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?

Dona Sol, prends le duc, prends l’enfer, prends le roi !

C’est bien. Tout ce qui n’est pas moi vaut mieux que moi !

Je n’ai plus un ami qui de moi se souvienne,

Tout me quitte ; il est temps qu’à la fin ton tour vienne,

Car je dois être seul. Fuis ma contagion.

Ne te fais pas d’aimer une religion !

Oh ! Par pitié pour toi, fuis !…Tu me crois, peut-être,

Un homme comme sont tous les autres, un être

Intelligent, qui court droit au but qu’il rêva.

Détrompe-toi. Je suis une force qui va !

Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !

Une âme de malheur faite avec des ténèbres !

Où vais-je ? Je ne sais. Mais je me sens poussé

D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.

Je descends, je descends, et jamais ne m’arrête.

Si, parfois, haletant, j’ose tourner la tête,

Une voix me dit : Marche ! Et l’abîme est profond,

Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !

Cependant, à l’entour de ma course farouche,

Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !

Oh ! Fuis ! Détourne-toi de mon chemin fatal !

Hélas ! Sans le vouloir, je te ferais du mal !

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