Samedi décembre 16th 2017

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Discours de Lamartine à l’hôtel de ville de Paris

Alphonse de Lamartine

Ce discours a été prononcé par Alphonse de Lamartine le 25 février 1848. La révolution de 1848 se termine. Louis-Philippe a abdiqué le 24 février et le gouvernement provisoire de la République a été proclamé le même jour. Ce discours a été prononcé le lendemain de ces évènements, au peuple envahissant l’intérieur de l’Hôtel de Ville de Paris.

« Eh quoi ! Citoyens, si l’on vous avait dit, il y a trois jours, que vous auriez renversé le trône, détruit l’oligarchie, obtenu le suffrage universel au nom du titre d’homme, conquis tous les droits du citoyen, fondé enfin la République ! Cette République, le rêve lointain de ceux même qui sentaient son nom caché dans les derniers replis de leur conscience comme un crime ! Et quelle République ? Non plus une république comme celles de la Grèce ou de Rome, renfermant des aristocrates et des plébéiens, des maîtres et des esclaves ! non pas une république comme les républiques aristocratiques des temps modernes, renfermant des citoyens et des prolétaires, des grands et des petits devant la loi, un peuple et un patriciat ! mais une république égalitaire où il n’y a plus ni aristocratie ni oligarchie, ni grands ni petits, ni patriciens ni plébéiens, ni maîtres ni ilotes devant la loi ; où il n’y a qu’un seul peuple composé de l’universalité des citoyens, et où le droit et le pouvoir public ne se composent que du droit et du vote de chaque individu, venant se résumer en un seul pouvoir collectif appelé le gouvernement de la République et retournant en lois, en institutions populaires, en bienfaits à ce peuple d’où il est émané ?

Si l’on vous avait dit tout cela, il y a trois jours, vous auriez dit : Trois jours… il faut trois siècles pour accomplir une œuvre pareille au profit de l’humanité. Eh bien ! ce que vous auriez déclaré impossible est accompli ! Voilà notre œuvre au milieu de ce tumulte, de ces armes, de ces cadavres de vos martyrs, et vous murmurez contre Dieu et contre nous ?

Ah ! Vous seriez indignes de ces dons du ciel, si vous ne saviez pas les contempler et les reconnaître !

Que vous demandons-nous pour achever notre œuvre ? Sont-ce des années ? Non ; des mois ? Non ; des semaines ? Non ; des jours seulement ! Encore deux ou trois jours, et votre victoire sera écrite, acceptée, assurée, organisée, de manière qu’aucune tyrannie, excepté la tyrannie de vos propres impatiences, ne puisse l’arracher de vos mains ! Et vous nous refuseriez ces jours ! Ces heures ! Ce calme ! Ces minutes ! Et vous étoufferiez la République née de votre sang dans son berceau ! »

Voir aussi:

Les discours d’Alphonse de Lamartine

 

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